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Nous étions une frontière // Patrick de Friberg : Poutine Unchained

Thriller géopolitique ? Roman d’espionnage ? Politique fiction ? Dans son dernier livre Patrick de Friberg brouille les genres et mélange les époques : de la chute du mur de Berlin en 1989 au déclenchement de la troisième guerre mondiale en 2019, pour cet amoureux du Grand Jeu (déjà une vingtaine de romans au compteur) le monde est une vaste partie d’échecs, ou les puissances s’affrontent joyeusement à coups de pions et d’espions. La récompense pour le ou les gagnants ? Le contrôle de cette fable qu’on appelle la réalité. Renversant.

Fin de partie pour l’Occident

Novembre 89. Le mur de Berlin s’effondre et l’Occident endosse avec gourmandise ses habits de vainqueur de la guerre froide. Pourtant, dans l’ombre, des hommes préparent déjà la suite de l’Histoire. L’enjeu ? Décider quel empire dominera la planète lorsque la prochaine guerre éclatera… c’est-à-dire en 2019 ! Un futur-proche pour le moins apocalyptique : Marine Le Pen est au pouvoir, l’Union Européenne en lambeau et la France s’apprête à s’allier avec Poutine pour chasser d’Espagne les hordes barbares du califat fondé par Daesh. Le dernier clou du cercueil ? Une bombe nucléaire sur le point d’exploser.

Autant dire que pour l’Occident, coincé entre Daesh et la Très Sainte Russie, ça sent très fortement le sapin… et pour le pauvre lecteur coincé en 2017 aussi. En mélangeant personnages réels et imaginaires, présent sclérosé et futur en devenir, Patrick de Friberg ne cherche pas seulement à nous faire peur, il nous annonce aussi le retour de l’Histoire, avec tout ce que cela implique de lâchetés et d’horreurs. Les ingrédients de sa tambouille infernale – politiques corrompus, espions borderline et choc des civilisations – n’ayant rien de fictionnels, pourquoi en serait-il autrement de la guerre généralisée qu’il prédit ?

Poutine Unchained

Derrière ce chaos grinçant, une figure marquante de notre monde contemporain se dégage : Vladimir Vladimirovitch Poutine. Dans Nous étions une frontière, l’ancien agent du KGB devenu le nouveau Tsar de toutes les Russies se transforme en homme araignée redoutable, qu’on observe avec un plaisir non dissimulé tisser la toile du complot qui doit l’amener, un jour ou l’autre, à diriger l’exécutif français. Qu’il soit dépeint comme un tueur au sang-froid ou en marionnettiste doté d’un sens du tragique assurément slave, une chose saute aux yeux : dans l’imaginaire collectif, Poutine est déjà un personnage de fiction. Le libérer du carcan fadasse de la réalité, faire de ce Croque-mitaine bouffeur de Crimée/Saint-homme sauveur des Moujiks un personnage de roman à la hauteur des fantasmes qu’il suscite s’impose comme une évidence, comme toutes les idées géniales que tout le monde aurait bien voulu avoir. Et rien que pour cela, Nous étions une frontière mérite d’être salué comme un grand roman contemporain.

Le  truc en plus : Chaque chapitre du bouquin commence par un morceau de Chet Baker. Un jazz nucléaire et mélancolique, ça vous dit quelque chose ?

Le truc en moins : Faire sortir ce livre un mois avant les présidentielles, encore un éditeur sadique…

Conclusion : 10/10. Une œuvre-monde, habitée par des personnages plus vrais que nature. Et pour cause… ils existent !

Nous étions une frontière – Patrick de Friberg

French Pulp Editions

556 pages – 18,99 € –

Quatrième de couverture :

2019 : Deux ans après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et de Marine Le Pen, le monde a basculé dans le chaos. L’Union Européenne a explosé, les armées du califat islamique toquent à la porte et quelque part, au milieu des réfugiés et des morts, quelqu’un s’apprête à déclencher l’arme nucléaire…

À qui profitera le crime ? À la Nouvelle Russie de Vladimir Poutine, qui a endossé avec plaisir les habits de défenseur de la chrétienté ? À Marine Le Pen et à sa République extrémiste, gangrenée par les barbouzes et les arrivistes ?

Et si tout cela n’était que la conséquence d’une partie plus ancienne, une partie que se jouent deux maîtres espions depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide ?

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